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  • Carla Bruni à poil

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    Le grand château vide

     

    Elle est partie la rombière
    Abandonnant sa chaumière
    Poussiéreuse et visqueuse
    Comme une vieille macreuse

    Dedans son boudoir rient les rats
    Les chats lacérant les sofas
    Et copulant sans retenue
    Comme le font les ‘matuvus’

    Disparue la marquise
    Explorer la banquise
    Ses ours blancs ses Inuits
    Pour au moins mille nuits

    elle n'a laissé qu'une vapeur
    parfumée à la fleur d'anus
    délétère et vile odeur
    que redoutent même les canuts

    et puis sur la commode
    un mot très à la mode
    que l'on écrit narquois
    aimez-moi ou quittez-moi


    Yfig et les chaussettes de l'archiduchesse sont-elle sèches archi-sèches ?

     

  • Aimé Césaire

    Le crystal automatique

    allo allo encore une nuit pas la peine de chercher c'est moi l'homme des cavernes il y a les cigales qui étour- dissent leur vie comme leur mort il y a aussi l'eau verte des lagunes même noyé je n'aurai jamais cette couleur- là pour penser à toi j'ai déposé tous mes mots au monts de-piété un fleuve de traineaux de baigneuses dans le courant de la journée blonde comme le pain et l'alcool de tes seins


    allo allo je voudrais etre à l'envers clair de la terre le bout de tes seins à la couleur et le gout de cette terre-la


    allo allo encore une nuit il y a la pluie et ses doigts de fossoyeur il y a la pluie qui met ses pieds dans le plat sur les toits la pluie a mangé le soleil avec des baguettes de chinois


    allo allo l'accroissement du cristal c'est toi...c'est toi ô absente dans le vent et baigneuse de lombric quand viendra l'aube c'est toi qui poindras tes yeux de rivière sur l'émail bougé des îles et dans ma tête c'est toi le maguey éblouissant d'un ressac d'aigles sous le banian


    Aimé Césaire

     

     


    Prophétie


    où l'aventure garde les yeux clairs
    là où les femmes rayonnent de langage
    là où la mort est belle dans la main comme un oiseau
    saison de lait
    là où le souterrain cueille de sa propre génuflexion un luxe
    de prunelles plus violent que des chenilles
    là où la merveille agile fait flèche et feu de tout bois


    là où la nuit vigoureuse saigne une vitesse de purs végétaux



    là où les abeilles des étoiles piquent le ciel d'une ruche
    plus ardente que la nuit
    là où le bruit de mes talons remplit l'espace et lève
    à rebours la face du temps
    là où l'arc-en-ciel de ma parole est chargé d'unir demain
    à l'espoir et l'infant à la reine,


    d'avoir injurié mes maîtres mordu les soldats du sultan
    d'avoir gémi dans le désert
    d'avoir crié vers mes gardiens
    d'avoir supplié les chacals et les hyènes pasteurs de caravanes


    je regarde
    la fumée se précipite en cheval sauvage sur le devant
    de la scène ourle un instant la lave
    de sa fragile queue de paon puis se déchirant
    la chemise s'ouvre d'un coup la poitrine et
    je la regarde en îles britanniques en îlots
    en rochers déchiquetés se fondre
    peu à peu dans la mer lucide de l'air
    où baignent prophétiques
    ma gueule
    ma révolte
    mon nom.


    Aimé Césaire